Le principe : vous cotisez sur votre bénéfice, pas sur vos recettes
En tant que professionnel de santé libéral relevant des BNC (Bénéfices Non Commerciaux), vous versez chaque année des cotisations et contributions à l'URSSAF. Ces sommes financent votre couverture maladie, les allocations familiales, la CSG-CRDS et votre formation. Elles s'ajoutent aux cotisations versées à votre caisse de retraite (CARPIMKO, CARMF, CARCDSF…), qui font l'objet d'un appel distinct.
La règle d'or à retenir : l'URSSAF ne vous taxe pas sur votre chiffre d'affaires, mais sur votre bénéfice. Chaque euro de frais professionnel déductible réduit donc à la fois votre impôt sur le revenu et vos cotisations sociales.
L'URSSAF collecte la maladie, les allocations familiales, la CSG-CRDS et la CFP. Votre caisse de retraite (CARPIMKO pour les auxiliaires médicaux, CARMF pour les médecins, CARCDSF pour les chirurgiens-dentistes et sages-femmes) collecte la retraite de base, la complémentaire, l'ASV et l'invalidité-décès. Ce guide porte sur la part URSSAF.
L'assiette : le bénéfice BNC (déclaration 2035)
L'assiette sociale de référence est votre bénéfice professionnel, c'est-à-dire vos recettes encaissées moins vos charges déductibles. En déclaration contrôlée, c'est le résultat de votre déclaration 2035. En micro-BNC, l'assiette correspond à vos recettes après l'abattement forfaitaire de 34 %.
Comme l'assiette URSSAF est le bénéfice, chaque charge déductible vous fait économiser sur l'impôt et sur les cotisations. C'est le levier d'optimisation le plus puissant du libéral. Voir la liste complète des frais déductibles.
Les cotisations et contributions URSSAF
Voici les principales lignes que vous retrouverez sur votre appel de cotisations. Les taux ci-dessous correspondent au barème Urssaf 2026 publié pour un auxiliaire médical conventionné (kiné, infirmier, orthophoniste, pédicure-podologue…) ; ils diffèrent légèrement pour les médecins et chirurgiens-dentistes. Tous les seuils sont exprimés en fonction du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) 2026 fixé à 48 060 € (4 005 € par mois, 12 015 € par trimestre, 220 € par jour). Ce barème intègre la réforme de l'assiette sociale des indépendants, dont le nouveau mode de calcul s'applique à compter d'avril 2026 (voir plus bas).
| Cotisation / contribution | Base | Taux 2026 |
|---|---|---|
| Assurance maladie-maternité (sur les revenus conventionnés, assiette de participation Cpam) | Activité conventionnée | 0 % sous 9 612 €, progressif de 0 % à 8,50 % entre 9 612 € et 144 180 €, puis 6,50 % au-delà. La Cpam prend en charge jusqu'à 6,40 % : il reste 0,10 % résiduel à votre charge |
| Assurance maladie-maternité (sur les dépassements d'honoraires et les revenus non conventionnés) | Revenu d'activité non salarié restant | 3,25 % sous 9 612 €, progressif de 3,25 % à 11,75 % entre 9 612 € et 144 180 €, puis 9,75 % au-delà (inclut la contribution additionnelle maladie de 3,25 %) |
| Allocations familiales | Bénéfice BNC | 0 % sous 52 866 €, progressif de 0 % à 3,10 % entre 52 866 € et 67 284 €, puis 3,10 % au-delà |
| CSG-CRDS | Bénéfice + cotisations obligatoires | 9,70 % (dont 6,80 % déductible et 2,90 % non déductible) |
| CURPS (union régionale) | Bénéfice BNC (plafonné à 240 €) | 0,10 % (taux auxiliaire médical) |
| CFP (formation professionnelle) | 0,25 % du PASS | 120 € (forfait 2026 ; 0,34 % si conjoint collaborateur) |
| Indemnités journalières (IJ) | Assiette mini 40 % du PASS, maxi 3 PASS | 0,3 % |
Sources : Urssaf « Taux de cotisations — Praticien ou auxiliaire médical » (barème 2026, mis à jour le 20/03/2026), section « Auxiliaire médical » ; « Cotisations du libéral 2026 » ; PASS 2026 = 48 060 € (arrêté du 22 décembre 2025). La CFP forfaitaire (0,25 % du PASS) s'élève à 120 € pour 2026. Bon à savoir : pour un kiné ou un infirmier conventionné sans dépassement d'honoraires, la cotisation maladie est quasi nulle (0,10 % résiduel), la Cpam prenant en charge l'essentiel.
Sur les 9,70 % de CSG-CRDS, seuls 6,80 % sont déductibles du résultat fiscal ; les 2,90 % restants (CRDS et part de CSG non déductible) restent à votre charge sans réduire votre bénéfice imposable. C'est une subtilité importante pour bien remplir votre déclaration 2035.
Le système des acomptes provisionnels
Vous ne payez pas vos cotisations « après coup ». L'URSSAF vous prélève tout au long de l'année des acomptes provisionnels, calculés sur votre dernier revenu connu. Le problème : ce revenu connu a deux ans de retard au démarrage, puis un an.
- Acompte de l'année N : d'abord calculé sur le bénéfice de l'année N-2 (le seul connu en début d'année), puis recalculé sur le bénéfice N-1 une fois votre déclaration de revenus transmise (en milieu d'année).
- Vous choisissez un rythme mensuel (prélèvement le 5 ou le 20 de chaque mois) ou trimestriel.
- Tant que votre bénéfice progresse, ces acomptes sont mécaniquement inférieurs à ce que vous devez réellement.
Comment l'acompte suit votre revenu : N-2 puis N-1
| Période | Base de l'acompte | Pourquoi |
|---|---|---|
| Janvier → avril de l'année N | Bénéfice N-2 | Votre revenu N-1 n'est pas encore déclaré aux impôts |
| À partir de mai/juin N | Bénéfice N-1 | Votre déclaration de revenus a été transmise à l'URSSAF |
| Année N+1 | Régularisation sur N réel | Le bénéfice définitif N est enfin connu |
Source : Urssaf, mécanisme des cotisations provisionnelles et régularisation des travailleurs indépendants. Le calcul de la cotisation provisionnelle de l'année en cours et de la régularisation de l'année précédente intervient, à partir de mai, selon la date de transmission de votre déclaration de revenus.
La régularisation en N+1
Une fois votre bénéfice réel de l'année N définitivement connu (via votre déclaration de revenus), l'URSSAF compare ce que vous auriez dû payer avec les acomptes que vous avez réellement versés.
- Si vous avez trop peu cotisé (activité en hausse) → vous devez un complément : c'est le « rattrapage ».
- Si vous avez trop cotisé (activité en baisse) → l'URSSAF vous rembourse ou réduit vos acomptes suivants.
Cette régularisation tombe en même temps que vous commencez à payer les acomptes de la nouvelle année. Si votre revenu monte vite, les deux effets se cumulent et la facture peut doubler ponctuellement.
Le piège qui surprend les débutants
Pour vos deux premières années d'installation, l'URSSAF ne dispose d'aucun revenu de référence : elle applique donc une cotisation forfaitaire basée sur un revenu estimé volontairement bas. Vos appels de cotisations sont alors très légers, ce qui donne une fausse impression de « charges faibles ».
En 2026, un abattement sur vos cotisations s'applique en début d'activité : 75 % la première période, puis 50 %, pour un revenu inférieur à 61 704 €. Ce coup de pouce explique en partie la légèreté des premiers appels — et donc l'ampleur du rattrapage une fois l'abattement épuisé.
Quand votre vrai bénéfice de la 1re année devient connu, l'URSSAF régularise rétroactivement ces deux premières années forfaitaires. Le rattrapage, ajouté aux acomptes désormais calculés sur votre revenu réel (en hausse), explique pourquoi tant de jeunes installés voient leurs cotisations exploser la 3e année. Ce n'est pas une erreur : c'est le décalage qui vous rattrape.
Exemple chiffré (kiné en 3e année)
Les montants ci-dessous sont des ordres de grandeur pédagogiques (et non un calcul officiel) pour illustrer le mécanisme. Utilisez le simulateur pour votre cas réel.
| Année | Bénéfice réel | Acomptes versés (base) |
|---|---|---|
| An 1 (forfait) | 28 000 € | sur forfait bas |
| An 2 (forfait) | 38 000 € | sur forfait bas |
| An 3 | 45 000 € | acomptes An 1/An 2 + régul des 2 ans |
En An 3, vous payez à la fois les acomptes courants (calculés sur 28 000 € puis 38 000 €) et la régularisation des deux années forfaitaires sous-cotisées. D'où la sensation de « double facture ».
Comment anticiper et provisionner
- Mettez de côté un pourcentage de chaque encaissement. Une règle prudente consiste à provisionner une part fixe de votre bénéfice prévisionnel sur un compte dédié, dès le premier mois d'activité.
- Déclarez un revenu estimé. Si vous savez que votre revenu va fortement augmenter, vous pouvez demander à l'URSSAF d'ajuster vos acomptes à la hausse pour lisser la charge et éviter un rattrapage brutal (et inversement à la baisse). La déclaration de revenu estimé se fait depuis votre espace personnel, avant le 10 du mois en cours pour modifier l'échéance du mois suivant.
- Ne sous-évaluez pas volontairement votre revenu estimé : si votre revenu définitif dépasse de plus d'un tiers le revenu estimé, des majorations sont appliquées.
- Réduisez l'assiette légalement via vos frais déductibles et vos versements PER/Madelin déductibles. Voir le guide Madelin / PER.
Considérez les deux premières années « légères » comme un sursis, pas comme votre vraie charge. Provisionnez comme si vous cotisiez déjà à plein régime : la 3e année ne sera plus un choc, mais une simple écriture comptable.
Réforme de l'assiette sociale : le grand changement d'avril 2026
C'est le sujet n° 1 d'actualité 2026 pour tous les libéraux de santé. L'article 18 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 (loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023) réforme en profondeur l'assiette des cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants. Le décret n° 2024-688 du 5 juillet 2024 révise en conséquence le barème des cotisations. Ce nouveau mode de calcul s'applique à compter d'avril 2026, avec l'ouverture de la campagne de déclaration des revenus 2025 et la régularisation des cotisations de l'année 2025.
Avant la réforme, la CSG-CRDS et les cotisations sociales étaient calculées sur des assiettes différentes, ce qui créait un effet « assiette dans l'assiette » défavorable. La réforme instaure une assiette unique et un nouveau barème de taux (déjà intégré dans le tableau ci-dessus) afin de neutraliser la hausse de CSG votée par ailleurs et de rééquilibrer la répartition entre cotisations créatrices de droits et contributions. Pour la plupart des libéraux, l'objectif affiché est une opération globalement neutre, voire légèrement favorable, mais le profil individuel (niveau de revenu, dépassements d'honoraires) peut faire varier le résultat.
La bascule s'opère automatiquement sur votre espace Urssaf : vous n'avez aucune démarche spécifique à effectuer, mais surveillez de près votre appel de cotisations d'avril/mai 2026, qui appliquera pour la première fois le nouveau barème et régularisera 2025 sur la nouvelle assiette. C'est le moment idéal pour vérifier votre provision et, si besoin, déclarer un revenu estimé.
Simulez votre régularisation
Pour savoir si vous allez devoir un complément ou être remboursé, indiquez votre bénéfice réel attendu et le total des acomptes déjà versés.
Utilisez le simulateur de régularisation URSSAF pour anticiper le rattrapage de fin d'année et éviter les mauvaises surprises.
Sources officielles
Sources locales utilisées :
- Urssaf — « Taux de cotisations — Praticien ou auxiliaire médical » (barème 2026, mis à jour le 20/03/2026), section « Auxiliaire médical » : assurance maladie-maternité sur l'assiette de participation Cpam (0 % à 8,50 % entre 9 612 € et 144 180 €, puis 6,50 %, prise en charge Cpam jusqu'à 6,40 % soit 0,10 % résiduel), assurance maladie sur les dépassements / revenus non conventionnés (3,25 % à 11,75 %, puis 9,75 %), allocations familiales (0 % à 3,10 %, seuils 52 866 € et 67 284 €), CSG-CRDS 9,70 %, CURPS auxiliaire médical 0,10 % (limite 240 € pour 2026), CFP 0,25 % du PASS = 120 €, IJ 0,3 % (assiette mini 40 % du PASS, maxi 3 PASS)
- Urssaf / CARPIMKO — « Cotisations du libéral 2026 » : régime de base 8,73 % (entre 0,5 et 3 PASS) + 1,87 % (jusqu'à 240 300 €), complémentaire forfait 671 € + 8,70 %, invalidité-décès 1 022 € ; mécanisme de régularisation (à partir de mai 2026), déclaration de revenu estimé (avant le 10 du mois, majorations si écart > 1/3)
- Service-Public / DILA — « PASS 2026 » : plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 = 48 060 € (mensuel 4 005 €, trimestriel 12 015 €, journalier 220 €), arrêté du 22 décembre 2025
Textes de référence :
- Loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023 (LFSS 2024), art. 18 — réforme de l'assiette sociale des indépendants (applicable à compter d'avril 2026)
- Décret n° 2024-688 du 5 juillet 2024 — révision des barèmes de cotisations
- Arrêté du 22 décembre 2025 — fixation du plafond de la Sécurité sociale pour 2026
Page vérifiée le 4 mars 2026